Dyspraxie et autonomie : redonner le pouvoir d’agir un geste à la fois
- Yanik Tereso
- Oct 19, 2025
- 4 min read
Updated: Oct 25, 2025

Quand chaque geste devient un défi invisible
Nouer ses lacets, découper un aliment, tenir un crayon, s’habiller sans aide…Pour beaucoup, ces gestes sont automatiques.Pour d’autres, chaque action demande une planification mentale, une coordination et une énergie considérables.
La dyspraxie, aussi appelée trouble développemental de la coordination (TDC), touche environ 5 à 6 % des enfants.Elle influence leur autonomie, leur confiance et leur participation sociale.

Chez Bien+Veillance, nous croyons que soutenir une personne vivant avec une dyspraxie, c’est l’aider à retrouver le plaisir d’agir, pas seulement la capacité à performer.
«L’autonomie ne se mesure pas au nombre de gestes faits seuls, mais au sentiment d’être capable»
Comprendre la dyspraxie
La dyspraxie est un trouble neurodéveloppemental qui affecte la capacité du cerveau à planifier et exécuter des mouvements coordonnés.Ce n’est ni de la paresse, ni un retard intellectuel.
En termes simples :
Le cerveau sait ce qu’il veut faire,mais les signaux envoyés au corps arrivent mal synchronisés.
Conséquences :
· Difficulté à imiter un geste,
· Mouvements désordonnés ou maladroits,
· Épuisement rapide à cause de la surcharge cognitive,
· Retard dans les tâches quotidiennes, scolaires ou motrices.
Le défi principal n’est pas la force physique, mais la planification et la coordination.
«La dyspraxie, c’est comme vouloir danser sur une musique dont on ne perçoit pas toujours le rythme.»
Les répercussions psychosociales: fatigue, honte et évitement
Les enfants dyspraxiques doivent souvent fournir deux à trois fois plus d’effort pour accomplir les mêmes gestes que leurs pairs. Ce décalage entraîne une fatigue chronique, une perte de motivation et parfois une honte intériorisée.
Effets psychosociaux :
· Évitement des activités manuelles ou sportives,
· Difficulté à suivre le rythme de groupe,
· Comparaison sociale douloureuse (“je suis toujours plus lent”),
· Surprotection parentale ou, à l’inverse, sur-exigence.
Ces enfants entendent trop souvent :
«Dépêche-toi !», «Tu ne fais pas attention !», «Tu pourrais essayer plus fort !»
Alors qu’ils donnent déjà tout ce qu’ils peuvent.
L’intervention psychosociale vise à restaurer la fierté d’essayer, même quand le résultat n’est pas parfait.
Notre approche : accompagner le geste, nourrir la confiance
«On apprend mieux quand on se sent compétent, pas quand on se sent évalué.»
Notre approche repose sur trois axes principaux
1- Découper et simplifier |
Fractionner la tâche en micro-étapes pour rendre le succès accessible. |
Exemple : mettre un chandail = repérer le devant → insérer un bras → puis l’autre → tirer doucement. |
2- Adapter l’environnement |
· outils ergonomiques (ciseaux à ressort, stylos à prise large, ustensiles adaptés), · surfaces antidérapantes, · mobilier ajusté à la taille et à la posture. |
Ces aménagements ne trichent pas — ils rendent possible la réussite. |
3- Valoriser l’effort avant le résultat |
Remplacer «Tu l’as échappé encore» par «Tu as presque réussi à le garder droit cette fois !» |
Chaque progrès devient un renforcement positif, non une comparaison. |
«L’enfant dyspraxique ne manque pas de motivation, il manque d’occasions de se sentir compétent.»
Outils concrets d’intervention
L’efficacité vient de la simplicité et de la cohérence.
Voici quelques outils privilégiés dans nos accompagnements :
1. Les séquences visuelles
Créer des affiches simples avec images ou pictogrammes des étapes (ex. s’habiller, ranger, se laver les mains). Ces repères visuels allègent la mémoire de travail.
2. Le modelage guidé
Faire ensemble, lentement, en commentant les gestes : “Regarde, je tiens ici, puis je tourne comme ça.”→ L’enfant observe, puis imite à son rythme.
3. La pratique ritualisée
Instaurer de petites routines quotidiennes :
«Matin calme» (habillage, respiration, mouvement lent),
«Mission cuisine» (mélanger, couper, verser).
Ces répétitions renforcent les circuits moteurs et la confiance.
4. Médiation animale et mouvement
Les activités avec les animaux (brossage, promenade, caresse douce) stimulent la motricité fine et la coordination, tout en procurant un apaisement sensoriel.Le chien ou le chat devient partenaire de réussite, non outil de performance.
5. Activités créatives
Découper, coller, modeler, peindre avec des outils adaptés.Ces activités permettent à la personne de s’exprimer corporellement sans pression.Elles stimulent la coordination, la persévérance et la fierté du geste accompli.
5 façons de soutenir sans faire à la place
À éviter | À privilégier |
Faire le geste pour l’enfant | Le guider par la parole ou le geste lentement |
Dire «c’est facile !» | Dire «je sais que c’est difficile, tu y arrives pas à pas» |
Corriger sans explication | Décomposer et montrer |
Exiger la vitesse | Valoriser la précision et la persévérance |
Comparer aux autres | Souligner la progression personnelle |
«Chaque geste d’encouragement nourrit le sentiment de compétence.»
Études de cas
Cas 1 – Redonner la fierté du geste |
Contexte : : Alexandre, 10 ans, TDC, refuse de participer aux activités d’arts plastiques. Il dit souvent : «Je suis nul avec mes mains.» |
Intervention : · Séquences visuelles pour les tâches motrices, · séances de médiation animale (brossage du chien pour renforcer la coordination douce), · encouragement systématique basé sur la progression («tu tiens mieux qu’hier !”).» |
Résultats : Alexandre a réalisé une œuvre collective en classe. |
Accompagner sans éteindre la volonté d’agir

Soutenir une personne vivant avec une dyspraxie, c’est plus qu’aider à mieux bouger — c’est lui redonner le droit d’essayer sans peur d’échouer.C’est transformer le regard porté sur la lenteur, la maladresse et la différence.
Chez Bien+Veillance, nous croyons qu’une approche psychosociale efficace commence par l’écoute du rythme intérieur de chacun.L’autonomie ne se décrète pas : elle se construit un geste à la fois, dans la confiance et la bienveillance.













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